L'Erable,
l'arbre
Sur les quelques 150 espèces d’Erables connues,
la plupart se trouvent en Asie orientale, et seules 13 espèces
sont indigènes en Amérique du Nord, dont 10
au Canada.
Il existe 2 variétés d’érable
dont la sève est récoltée et exploitée
pour la production de sirop d’érable et de
produits dérivés.
1. L’érable à sucre
(Acer Saccharum Marsh – Sugar maple)
« L’érable à sucre est l’arbre
magnifique qui forme en tant d’endroits du pays laurentien
les forêts pures (érablières) qui sont
un des ses charmes. Il affectionne les terrains élevés,
mais frais et riches ; il occupe souvent les moraines bien
drainées sur le rebord du Bouclier laurentien, mais
il atteint chez nous son plus grand développement
au sud de la province sur les premiers contreforts des Appalaches.
[…]
Le bois est blanc, d’une dureté remarquable
et susceptible de prendre un beau poli ; on l’emploie
beaucoup en ébénisterie, surtout pour
le planchéiage. Il fut employé jadis pour
les « chemins à lisses » précurseurs
de nos chemins de fer. Les trains du « Québec
& Gosford » et du « Sherbrook &
Kenebec » circulèrent d’abord sur
des rails en bois d’Erable.
- La sève de l’Erable fournit au printemps
un sucre d’un arôme particulier. […]
Les premiers colons apprirent des Indiens le secret de cette
fabrication.
C’est d’eux aussi qu’ils apprirent la
valeur des cendres comme engrais potassique. Cette industrie
se développa au point qu’au milieu du XIX è
siècle, les cendres de l’Erable à sucre
fournissaient les quatre cinquièmes de la potasse
de l’Amérique.
La feuille d’érable, avec le Castor, symbolise
l’individualité de la race canadienne-française.
La circonstance qui donna reconnaissance officielle
à ce qui était déjà sans
doute depuis quelques temps l’emblème
national, fut la fondation de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal, vers 1836. Le
choix de la feuille d’Erable fut sans doute une
erreur. Quoi qu’on puisse dire, le Canada n’est
pas le pays de l’Erable à sucre. La carte
de sa distribution montre d’un coup d’œil
que c’est essentiellement un arbre appalachien
qui ne couvre qu’une partie de la province de
Québec. »
2. L’érable Rouge (Acer
rubrum)
« Les Canadiens Français ne connaissent
cet arbre que sous les noms de « Plaine »
ou « Plaine rouge ». Il produit un sucre
moins abondant et mois sapide que celui de l’érable
à sucre.
Ce bel érable a deux saisons rouge. Dès
le milieu d’avril, et encore dépourvu de
feuilles, il fleurit abondamment. Les petites masses
rouges des fleurs staminées couvrent l’arbre
alors que la neige à peine disparue. Ce caractère
le distingue bien de l’Erable à sucre dont
les feuilles et les fleurs apparaissent simultanément.
A l’automne, les hydrates de carbone dont le tissus
chlorophyllien est gorgé, se transforment en
anthocyane et colorent brillamment les feuilles de rouge
pourpré. Nos bois deviennent alors incomparablement
beaux. Les forêts forment des horizons sanglants
où sur le vert profond des résineux s’ajoutent,
chevauchent et se fondent les gammes infinies des teintes
que le rouge a sur sa palette. »
La récolte de la sève
Pourquoi coulent les érables ?
Explication physique du phénomène de la coulée.
En été
Tout se passe d’abord l’été,
c’est en cette saison que l’érable
fait son sucre. Il l’élabore grâce
à la photosynthèse, réaction chimique
qui se déroule dans les feuilles en présence
de lumière. Pour cela, l’arbre puise de
l’eau dans le sol, la combine au gaz carbonique
de l’air pour donner de l’oxygène
et du sucre. L’oxygène est rejeté
dans l’atmosphère ; le sucre, lui, a 3
fonctions :
- Il permettra la respiration cellulaire de l’arbre
- Mis bout à bout, il forme des chaînes de
cellulose qui est le matériau du bois et ainsi contribue
à la croissance de l’arbre.
- Il va accumuler sous forme de réserve d’amidon
dans les racines. Ainsi, ultérieurement, il servira
à la production des nouvelles feuilles et des bourgeons.
C’est cette dernière fonction qui nous intéresse.
Au printemps
Pour qu’il y ait coulée, il faut des conditions
de températures particulières ; c’est-à-dire
qu’il doit geler la nuit alors que le jour, le thermomètre
doit indiquer des températures supérieures
à 0°.
En effet, les vaisseaux conducteurs de la sève sont
entourés de fibres et ces fibres sont remplies de
gaz (contrairement à la plupart des arbres chez qui
elles sont remplies d’eau) .
La nuit, il gèle. Résultat : les fines
branches au sommet de l’arbre gèlent et
donc le gaz contenu dans les fibres se contracte sous
l’effet du froid alors que la sève se dilate
en gelant. Elle prend alors son expansion dans les fibres
créant un appel d’eau vers le sommet. L’eau
monte dans l’arbre entraînant le sucre de
réserve contenu dans les racines. Et ce, jusqu’à
imbiber l’arbre.
Le jour, la température repasse la barre du 0°.
Résultat : les fines branches au sommet de l’arbre
dégèlent, la sève redevient liquide
et le gaz contenu dans les fibres prend de l’expansion,
repoussant la sève vers le bas et vers l’entaille.
L’érable coule.
Période de production : Dans
le Témiscouata, la saison des sucres dure de
4 à 6 semaines, de fin mars à fin avril
voire début mai.
La production par érable est
en moyenne de 48 litres d’eau d’érable.
Il faut environ 43 L pour produire un litre de sirop.
L’entaillage :
En plus d’être l’opération
par laquelle début chaque saison des sucres,
l’entaillage des érables est sans doute
celle qui influence le plus la productivité annuelle
et la productivité à long terme de l’érablière.
L’entaillage consiste à pratiquer une blessure
mécanique à travers une section saine
de l’aubier de façon à intercepter
une partie de l’eau d’érable et à
la canaliser, au moyen d’un chalumeau, vers un
système de collecte. Il faut bien noter que l’entaille
constitue une blessure en soi. Il importe donc de prendre
les précautions nécessaires afin d’éviter
que cette blessure ne devienne une menace pour la santé
et même pour la survie de l’arbre (nombre
d’entailles par érable, profondeur de l’entaille,
désentaillage…)
On insère les chalumeaux dans les entailles,
et on les relie aux tubulures qui forment le système
de collecte de la sève.
L’obtention du sucre, du sirop
La concentration de la sève d’érable.
Au printemps, avec la température supérieure
à 0° le jour, la sève s’écoule
dans l’entaille et au travers de la tubulure.
Tout un réseau de tubulures va permettre d’acheminer
l’eau d’érable depuis l’arbre
jusqu’à la cabane à sucre, et ce,
grâce aux relais et aux stations de pompage dont
le système de vacuum fait le vide dans la tubulure.
L’eau qui arrive de l’arbre est légèrement
sucrée avec une concentration moyenne de 2,5% en
sucre. Pour obtenir un sirop, la concentration devra être
de 66% de sucre.
Pour en arriver là, 2 procédés sont
utilisés : l’osmose inverse et l’évaporation.
1. L’osmose inverse :
C’est un principe d’ultrafiltration à
travers une membrane semi-perméable. Par pression
mécanique, on force l’eau d’érable
à traverser la membrane mais la membrane ne laissera
passer que la partie eau pure. La concentration en sucre
est passée de 2,5% à 8%, 70% d’eau retirée.
C’est un gain de temps dans l’évaporateur
et une économie d’énergie. (la consommation
d’huile (fioul) est une des parties les plus coûteuses
dans l’élaboration du sirop d’érable).
En osmose inverse, la concentration de 8% n’est pas
dépassée car le sirop perdrait de son goût
et de sa qualité.
On passe alors au stade de l’évaporation.
2. L’évaporation :
Il faut
absolument qu’il y ait une cuisson lente de la
sève afin de favoriser les réactions chimiques
entre les sucres et les acides aminées, celles
qui permettent le développement des saveurs.
Cela ne se produit que dans l’évaporateur.
A 66% de sucre, le concentré s’appelle
sirop.
Si la concentration est inférieure, il peut fermenter
et donc ne se conserve pas. Si elle est supérieure,
le sirop peut se cristalliser en sucre.
Le sirop est enfin filtré puis mis directement
dans des barils de type alimentaire.
En début de saison, la couleur du sirop sera
claire et le goût peu prononcé en érable,
à la mi-saison, le sirop est plus savoureux et
révèle la saveur de l’érable,
en fin de saison, sa couleur sera foncée et son
goût plus caramélisé, de sucre cuit,
jusqu’au goût de sève, corsé
et un peu piquant.
Les « parties » de cabane à sucre.
De la mi-mars à début avril, découvrez
l’ambiance du temps des sucres.
Vous trouverez plusieurs cabanes à sucre dans
le Témiscouata qui vous offriront les plats traditionnels
à l’érable ainsi que la tire d’érable,
très appréciée des adultes comme
des enfants.
Au menu : Oreille de crisse, fèves au lard, jambon
à l’érable, patates à Bernard,
œufs au sirop d’érable, le tout arrosé
de bon sirop d’érable, et pour terminer,
les fameuses crêpes au sirop d’érable.
Dans l’après-midi, la tire d’érable
est servie à l’extérieur, versée
sur de la belle neige fraîche.
Bon appétit !
>> Erablière Le
P'tit Bec Sucré à Dégelis
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